Nengué est un terme de créole surinamais dérivé du néerlandais Neger (« nègre »). Associé au mot bush (brousse), il sert à désigner les esclaves qui, dans la Guyane hollandaise du XVIIIe siècle, s’échappaient de leurs plantations pour former dans la forêt équatoriale des communautés d’hommes et de femmes libres (les Bushinengués).

C’est l’histoire de ce peuple, accueilli sur les rives françaises du fleuve Maroni, qui est racontée dans cette bande-dessinée historique très bien documentée. Les auteurs empruntent le regard d’un explorateur oublié, Jules Crevaux, qui en 1877 remonte le Maroni et fait la rencontre d’Apatou, membre d’un groupe de Bushinengués, les Bonis (ou Alukus). Apatou accompagne Crevaux dans la suite de son voyage et des liens d’amitiés se nouent. Au fil du récit de l’exploration, Crevaux se lie d’amitié avec son guide qui lui raconte l’histoire de ses ancêtres marrons et de leur premier chef, Boni Okilifuu, héros émancipateur, dont la vie a la saveur d’une légende fondatrice.

Dépaysement, histoire et aventures sont au rendez-vous, dans cet album de qualité qui révélera sûrement à plus d’un lecteur des pans méconnus du passé de l’Amazonie française.

Stéphane Blanco (scénario) , Samuel Figuières (dessin), Nengué, Steinkis, 2018, 18 euros