Notre époque est saturée d’informations, le niveau d’éducation des populations occidentales n’a jamais été si élevé, et pourtant les préjugés demeurent. Préjugés sur les étrangers, les gens du voyage, les femmes ou les homosexuels, mais aussi, plus insidieux parce que moins médiatisés, préjugés sur les pauvres. Ces idées reçues alimentent une forme de fatalisme voire un certain désintérêt pour les injustices sociales quand elles ne servent pas à justifier des politiques publiques inégalitaires car pensées exclusivement pour favoriser ceux qui ont déjà tout…

ATD Quart Monde est un mouvement international, né il y maintenant 60 ans, dans un bidonville de la région parisienne. Son objectif ultime est l’éradication, en France et dans la monde, de la pauvreté conçue comme une violation des droits humains. Présents dans les quartiers populaires des grandes villes, ses membres élaborent, à partir d’une forte expérience de terrain et en étroite coopération avec les personnes en situation de précarité, des solutions pour avancer vers la disparition de la pauvreté. Certaines d’entre elles ont d’ailleurs fini par convaincre des responsables politiques (la CMU, le RSA, la loi DALO…).

Dans le cadre de son action de sensibilisation à ces thématiques, ATD publie un petit recueil énumérant 117 idées reçues, démontées méthodiquement par une argumentation aussi limpide que solide, appuyée sur des statistiques officielles ou des travaux de chercheurs reconnus. Le travail de déconstruction s’attaque par exemple à des « idées fausses » aussi ancrées que celle voulant que le pauvre soit responsable de son malheur ou qu’il se complaise dans son statut d’assisté, profitant sans scrupules des aides sociales. Il dénonce au passage la supercherie de la pensée économique libérale (massivement diffusée sans la moindre once d’esprit critique par des médias au service des intérêts de l’oligarchie), comme la rengaine pourtant usée « du coût du travail » qu’il suffirait de baisser pour créer de l’emploi, ou la fameuse « théorie du ruissellement » de Simon Kuznets, véritable instrument visant à justifier l’accumulation sans limites de richesses par les nantis, ainsi que le renoncement par l’État à sa mission de protection des plus faibles. Une part importante du livre est, en outre, consacrée aux immigrés, aux réfugiés et aux Roms que les idéologues capitalistes ont avantage à présenter comme des boucs émissaires, afin de diviser sur des bases « ethniques » des populations maintenues sciemment dans une position de discrimination et de marginalisation culturelle et sociale.

Ce petit livre est donc à lire et à diffuser sans modération. Afin de rendre leur dignité aux victimes d’un système économique dont l’échec s’avère patent ; afin que l’effrayante prédiction du milliardaire étatsunien Warren Buffett ne se vérifie pas : « Il y a une lutte des classes, évidemment, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène la lutte. Et nous sommes en train de gagner » !

 

ATD Quart Monde, En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté. Préface de Costa Gavras, Paris, Editions Quart Monde- Les éditions de l’Atelier, 2016